Etre ailleurs

26 Mar

Parfois, il suffit d’être ailleurs pour élargir son horizon.

 

Une nouvelle envie

20 Mar

Comme une nouvelle envie, ça tourne autour du pot, ça prend à la gorge, ça obsède. Ça travaille et ça transforme.

J’avais un peu oublié cet endroit. Quel dommage!

Ici, ça n’allait plus. Alors je souffle sur la poussière, retrousse mes manches et recommence.

84 Charing Cross Street

6 Août

Au coin de cette rue, dans cette ville souvent pluvieuse, une petite lumière éclaire les vieux ouvrages poussiéreux qui participent à l’éclat de la littérature britannique. Elle n’est pas étendue, sa chaleur n’irradie pas à plus de quelques centimètres et pourtant, elle est forte, elle gonfle dans la poitrine et illumine les pupilles.

La légèreté, la finesse, la douceur de l’affection des hommes se marient avec la passion de l’encre pénétrant le papier moelleux. Comme une recette qui fait sens.

Cette petite lumière esquisse un sourire dans la brume alentour. Elle sait qu’elle n’est pas seule, que le monde abrite avec jalousie des centaines, peut-être des milliers d’autres.

Mrs Hanff et Franck Doel s’y tiennent presque par la main, par correspondance, parcourent les pages, leur donnent vie. C’est simple et désarmant.

9000 km plus loin

15 Juin

Parmi toutes ces odeurs, le soleil sur le bitume, la chaleur étouffée par le petit souffle nocturne, le bruit de la mer et des marchands de calamars vivants, est apparu soudain un joli apaisement, une méchante lucidité.

Comme si l’extraordinaire était à portée de mains, de mes petits doigts boudinés.

La langue n’est pas la mienne et l’habitat ne fait pas rêver. Ce petit coin de monde m’a permis de réaliser qu’avec un peu de courage, je pouvais avancer.

Encore aurait-il fallu que je ne le laisse pas là-bas, au détour d’une ruelle sombre de Mong Kok.

Il a dit

28 Mai

« Il faudrait qu’on se fasse un resto. »

Il a dit ça comme s’il posait une question. J’ai ri un peu jaune, je n’étais pas sure d’avoir bien compris.

« Tu sais, ce que font les gens qui… »

Qui quoi? Je ne l’ai jamais su. En réalité, je ne voulais pas savoir.

Je crois qu’on parlait de l’infidélité. Juste avant, il disait que ça n’avait d’importance que quand l’histoire comptait à ses yeux. J’avais fait une blague sur les différentes adresses entrées dans son GPS, je l’avais appelée sa « boîte à plan cul« . A cause d’un vieux souvenir d’une copine qui avait entré dans son téléphone les codes pour entrer chez ses amants de passage. J’avoue, je ne sais pas faire des blagues fines. Mais c’était dit de bon cœur.

Ça m’a coupé l’appétit, soudain.

Dans la boîte à rêves

23 Mai

Dès que je suis entrée dans les locaux, cette énorme affiche du Festival m’a séduite. Plus pour le symbole que pour son esthétique d’ailleurs.

Ça sentait bon la fin de journée de travail sous la chaleur écrasante, la bonne humeur, l’amour de l’art. Un curieux mélange, un petit nuage peuplé de privilégiés faisant ce qu’ils aiment. Sur une table dans un coin, des prospectus, des images et des catalogues. Le cinéma sur papier glacé.

Je m’y serais bien trouvé un petit coin à moi, à côté d’une plante verte, près de la fenêtre.

Les rôles de la blonde

22 Mai

Petite peste émouvante dans Les Quatre Filles du Docteur March, elle donnait envie que Winona l’attrape par les cheveux et la jette dans le feu avec le manuscrit de Jo. Au rythme des tambours de ce jeu d’aventures, son regard franc, subtil, hypnotisant éclipsait les rodéos à dos de rhinocéros et les pitreries de Robin Williams.

J’avais 14 ans et je regardais le long Entretien avec un Vampire, de bout en bout, pour apprécier son envoûtante prestation. Même mon aversion pour Tom Cruise ne m’a pas gâché le plaisir. J’étais excitée à l’idée de voir Des hommes d’influence avec mes parents, juste pour ces quelques minutes où, déguisée en petite Bosniaque, un chaton dans les bras, elle courait dans une fausse ville en guerre pour un film de propagande monté par de Niro et Hoffmann. Son charisme éclipsait les autres sœurs Lisbon. Insaisissable, puis décriée en Marie-Antoinette. Populaire girl-next-door en Amber, Torrance ou Mary-Jane.

J’ai eu une petite émotion ce soir. Il était temps, pour Kirsten.

Les chemises à carreaux

17 Mai

C’est curieux comme certaines évidences frappent tardivement avec la violence du piano jeté du sommet de la plus haute tour de Toonville.

A ma grande stupeur, il semble que je développe depuis mes 16 ans une obsession étrange pour les hommes portant des… chemises à carreaux.

De la chemise boutonnée des fils de bonne famille à la chemise de hipster branché.

Les garçons qui sont entrés dans ma vie ou m’ont le plus troublée ont cet unique point commun. La raison de cet émoi provoqué par les carreaux demeure aujourd’hui un mystère.

Après tout, il parait que certaines filles craquent sur les hommes qui portent des cardigans.

The Lisbon Girls Fever

16 Mai

Quand j’ai lu pour la première fois le roman de Jeffrey Eugenides, les images mélancoliques du film de Sofia Coppola dansaient devant mes yeux, Suicide Underground en boucle dans mes oreilles et la voix entêtante de Hanna Hall : « Obviously doctor, you’ve never been a thirteen year-old girl ».

Des couleurs pastel, des cheveux d’un blond si clair, légers, volant sous la bise automnale. Une tristesse infinie dans un passé pesant, qui s’estompait doucement dans mon délire.

Les soeurs Lisbon, omniprésentes dans mes rêves, tourbillonnantes, ce « monstre à cinq têtes », souriant, mystérieux, insaisissable. Elles étaient là, me tiennaient la main, m’entraînaient dans leur farandole. Elles ne voulaient pas que je les comprenne. D’ailleurs, ce n’était pas possible.

Ça n’avait pas d’importance. Elles m’étouffaient avec leur chevelure légère couleur du soleil, elles m’étouffaient avec leur rire cristallin.

Toutes les nuits, à chaque page, elles m’attiraient, brodaient avec leurs fines mains toute la toile, l’encre sur le papier, leur chemin vers le souvenir obsédant qu’elles laisseraient à ces garçons fascinés.

Quand j’ai lu pour la première fois le roman de Jeffrey Eugenides, j’avais une très forte fièvre. Je me réveillais à leur côté, je dormais avec elles, je délirais emmitouflée dans leurs longs cheveux blonds. Elles étaient devenues mon indécente obsession.

Les petites madeleines

7 Mai

Un jour, un homme bienveillant a ri de mes références très pointues parce que j’évoquais Isla Nubar. Certes, Jurassik Park ne fait pas partie de la filmographie de Kenji Mizogushi (quoique cela aurait pu donner un film tout à fait intéressant), mais il est une de mes madeleines. Je connais les répliques par cœur, en VF bien entendu, car j’étais toute jeune quand je l’ai vu pour la première fois (et parce que dans les années 90, on savait doubler).

Je me souviens de l’excitation précédant sa sortie, et même du rêve que j’avais fait la veille. Il n’avait d’ailleurs rien à voir avec l’intrigue du film de Spielberg, je n’avais pas lu non plus le roman de Crichton. Dans le bureau d’un grand PDG, aux meubles en bois vernis et aux boiseries outrancières, un iguanodon se déplaçait, l’air menaçant. Ça avait tout d’un cauchemar, j’étais en nage au réveil. Sauf que je souriais, et que je souriais encore lorsque les raptors sont entrés sournoisement dans la cuisine.

Dans les petites madeleines qui constituent la base de ma culture populaire se trouvent également Qui veut la peau de Roger Rabbit?, La Famille Addams, Scream, Les Goonies, Petit Pied et la Vallée des Merveilles et Titanic. Oui, parfaitement.

Ces petites madeleines, j’y tiens, passionnément. Pas seulement parce que mes VHS sont usées par les multiples visionnages comme de vieilles reliques chéries, pas seulement parce que j’ai eu envie de vomir à la mort de Randy Meeks, pas seulement parce que ce bateau pirate et ce garçon drôle à l’appareil-dentaire impressionnant me faisaient rêver ou parce que Bob Hoskins était si touchant et que je voulais ressembler à Dolorès.

Elles n’ont pas seulement excité mon imagination ou titiller mes hormones d’adolescente pré-pubère. La passion, l’émotion, l’adrénaline ont provoqué le besoin de pousser le plaisir plus loin. Ces madeleines ont été le point de départ d’une curiosité pour le cinéma: découvrir le cinéma de genre en dévorant Mad Movies, suivre la carrière de Christina Ricci et les petits films indépendants, être bouleversée devant Jude, vouloir à tout prix comprendre le cinéma, savoir ce qui fait cinéma, aller toujours plus loin, découvrir les liens, les ramifications, les genres, les auteurs, les mouvements de caméra…

Un jour, j’expliquerai comment je suis passée de Pennac à Brontë.